« Je préfère perdre une prime que perdre une rivière. »
J’ai des murs pleins de diplômes, pourtant la nuit déraille, un silence bat la mesure, quand la mémoire s’entaille. Je vis près de la grande ville, couronne et contre-jour, et mes regrets font du bruit, à chaque fin de jour.
Je tiens la barre — mi-doute, mi-sourire — j’inspire, je coupe l’ombre — mi-sève, mi-saphir — j’écris. Si le monde ment — mi-prêche, mi-vitrine — j’expire, pour dire vrai — mi-boue, mi-racines — ici.
Au bord du vote — mi-bouclier, mi-martyre — j’hésite, mais j’choisis vivre — mi-vert, mi-futur — sans bruit. Quand l’époque mord — mi-cendre, mi-satire — je tire, vers un refrain — mi-peine, mi-sourire — qui dit.
Quarante-sept ans, un confort, une faille qui ronge, des bilans propres, des doutes sales, un cœur qui prolonge. Je règle l’heure sur des trains, des réunions sans air, et j’entends loin une scène, une MPC règlementaire.
Mon bureau vote affiche un chiffre, triple six en écho, la file avance, bras ballants, bouclier de papier chaud. J’ai barré plus que choisi, la paume lourde et docile, et dans ma gorge un orage : dire “pour”, pas “contre”, utile ?
Je tiens la barre — mi-doute, mi-sourire — j’inspire, je coupe l’ombre — mi-sève, mi-saphir — j’écris. Si le monde ment — mi-prêche, mi-vitrine — j’expire, pour dire vrai — mi-boue, mi-racines — ici.
J’empile cartes et sections, PPRI sur la table, des hauteurs d’eau dans des rues, des seuils peu négociables. On dit “projet maîtrisé”, la berge craque en coulisse, je lis l’argile dans les pas, le lit du fleuve en prémices.
Pas-de-Calais, caves pleines, on monte sacs et courage, des plans glissent sous la pluie, le court terme prend l’ouvrage. Je sais le poids des cahiers, des calendriers qui rassurent, et celui de la vérité mouillée qui renverse l’écriture
Au bord du vote — mi-bouclier, mi-martyre — j’hésite, mais j’choisis vivre — mi-vert, mi-futur — sans bruit. Quand l’époque mord — mi-cendre, mi-satire — je tire, vers un refrain — mi-peine, mi-sourire — qui dit.
On m’a parlé d’aligner : éléments, personnes et chiffres, “cadre logique impeccable”, maquillage sur le grief. Tu signes vite, on t’applaudit, tu ralentis, on t’écarte, je garde l’éthique au milieu, vérité écarlate.
La com’ verdit les bilans, j’ôte le vernis du mot, “résilience” sans le temps, c’est un slogan dans l’eau. Je préfère perdre une prime que perdre une rivière, je préfère un “non” qui coûte à l’apparence fière.
Je tiens la barre — mi-doute, mi-sourire — j’inspire, je coupe l’ombre — mi-sève, mi-saphir — j’écris. Si le monde ment — mi-prêche, mi-vitrine — j’expire, pour dire vrai — mi-boue, mi-racines — ici.
J’ai vu les programmes trier, nos colères sur écran plat, des algorithmes polis qui poussent à pas de chat. Des réformes sans oreille, des ronds-points pleins d’échos, on change la loi par surprise, la rue répond par des mots.
J’ai voté des années par utilité, sans penser, à force de dire “jamais”, on finit par oublier”. Je n’insulte aucun visage, je vise la mécanique, où la campagne paie la peur et la nuance panique.
Au bord du vote — mi-bouclier, mi-martyre — j’hésite, mais j’choisis vivre — mi-vert, mi-futur — sans bruit. Quand l’époque mord — mi-cendre, mi-satire — je tire, vers un refrain — mi-peine, mi-sourire — qui dit.
À table avec mes enfants, je raconte simple et franc : l’eau n’attend pas nos bilans, elle choisit son temps. On peut planter de l’ombre, désimperméabiliser, ou bien compter des crédits jusqu’à s’aveugler.
Je leur apprends le refus sans théâtre ni pose, et le courage sincère d’aller jusqu’à la cause. “Choisissez bien ce pour quoi, pas seulement ce contre”, cette phrase tient comme une digue quand l’orage entre.
Je rentre trop tard dans ce son, mais j’y rentre entier, chaque mesure fait levier, chaque rime un métier. Je ne veux pas d’uppercuts qui fanfaronnent dans l’air, je veux des mots en acier qui se posent et qui éclairent.
Je tiens la barre — mi-doute, mi-sourire — j’inspire, je coupe l’ombre — mi-sève, mi-saphir — j’écris. Si le monde ment — mi-prêche, mi-vitrine — j’expire, pour dire vrai — mi-boue, mi-racines — ici.
Au bord du vote — mi-bouclier, mi-martyre — j’hésite, mais j’choisis vivre — mi-vert, mi-futur — sans bruit. Quand l’époque mord — mi-cendre, mi-satire — je tire, vers un refrain — mi-peine, mi-sourire — qui dit.
Je n’ai pas bâti d’empire, mais j’ai changé de mire, des phrases comme des pieux dans la boue pour tenir. S’il faut tomber, qu’on tombe en tenant mieux la rive, et qu’un couplet, quelque part, relève qui dérive