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Track 01 / 13

La faillite humaine

« On s'croyait créanciers du ciel, on n'était qu'des locataires. »

FRAct I · We watchlyrics
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INTRO

Treize virgule huit milliards d'années. C'est l'âge de la lumière qui te regarde dormir. Toi, tu as un badge, un titre et des certitudes. Ce morceau, personne ne l'a invité. Il entre quand même. Les anciens savaient. On a perdu la page. Assieds-toi. On dépose le bilan.

VERSE 1

On m'a prêté quelques atomes, un bail précaire, une flamme, Le fer qui dort dans mes veines est tombé du cœur d'un drame, Une étoile s'est effondrée pour que mon sang se réclame D'un incendie plus vieux que tout ce que les hommes proclament.

Les anciens l'avaient gravé, on a perdu le parchemin : Tu es poussière, tu y retournes — c'est le seul vrai lendemain. On a bâti des cathédrales sur un grain de sable qui tourne, On a oublié le verset mais on a bien gardé les tours.

Deux cents milliards de soleils rien que dans notre banlieue, La Voie lactée n'est qu'une goutte et l'océan est silencieux, L'observable fait quatre-vingt-treize milliards d'années-lumière, Et derrière ce rideau-là, peut-être aucune frontière.

Voyager s'est retournée avant de quitter la maison : Toute la Terre dans un pixel, tous nos empires, nos prisons, Tous les trônes, tous les martyrs, l'Histoire entière et ses déboires Tiennent sur un point bleu pâle suspendu au milieu du noir.

Ramène tout ça sur un an, l'univers naît le premier janvier, Nous, on débarque le trente-et-un, aux dernières minutes du chantier, Dix secondes avant minuit pour l'écriture et tous les règnes — Et on parle d'éternité dans nos discours et nos emblèmes.

CHORUS

La faillite humaine — on a déposé le bilan, Actif : un caillou bleu perdu dans un coin du néant, On s'croyait créanciers du ciel, on n'était qu'des locataires, Liquidation totale, le cosmos fait l'inventaire.

La faillite humaine — aucun juge, aucun procès, Le silence des espaces infinis a classé le dossier, Pas d'repreneur pour l'ego, pas d'acheteur pour les trônes : On rend la poussière empruntée, atome par atome.

VERSE 2

Toi, l'petit chef, le monarque du distributeur à café, Ton empire tient sur un badge et deux étages moquettés, Tu convoques, tu recadres, tu régentes, tu fais l'important, Babel aussi visait le ciel : restent des langues et du vent.

Icare avait des ailes de cire et le vertige des grands sommets, Toi t'as un jet, deux assistants et le même orgueil mal freiné, Rome plaçait un esclave dans le char de son vainqueur Pour lui souffler « t'es mortel » au plus fort de la clameur,

Toi, t'as poussé vers la sortie ceux qui disaient la vérité, Il te reste des yes-men, des slides et des satanés PPT. Ozymandias, roi des rois — contemplez mon œuvre, tremblez : Le voyageur n'a trouvé que deux jambes de pierre ensablées.

Tu rêves de fusionner des équipes ? Andromède prépare la sienne, OPA hostile sur la galaxie, aucune clause ne la freine, Quatre milliards d'années d'échéance, et des poussières au dossier, Deux cents milliards d'étoiles, absorbées sans comité.

Au cœur de la Voie lactée trône un patron de quatre millions de soleils, Sagittarius A-star n'a jamais signé de rapport annuel, Approche-toi de son horizon, le temps te remet à ta place : Un battement de cils pour toi, dehors mille ans qui passent.

CHORUS

La faillite humaine — on a déposé le bilan, Actif : un caillou bleu perdu dans un coin du néant, On s'croyait créanciers du ciel, on n'était qu'des locataires, Liquidation totale, le cosmos fait l'inventaire.

La faillite humaine — aucun juge, aucun procès, Le silence des espaces infinis a classé le dossier, Pas d'repreneur pour l'ego, pas d'acheteur pour les trônes : On rend la poussière empruntée, atome par atome.

BRIDGE

Nos marées noires, nos bombes, nos murs — tout reste ici. Le cosmos est intact, immense, indifférent à nos lubies. Et c'est la meilleure nouvelle qui me vient ce soir à l’esprit.

VERSE 3

On s'est baptisés « sapiens », l'homme sage — deux fois, quand même : Un diplôme auto-décerné, personne d'autre dans le système, Un cerveau taillé pour la savane, affûté sur du silex, Bâti pour fuir, cueillir, compter — pas pour ces réflexes.

On a braqué nos télescopes, sorti nos plus belles équations, L'univers a rendu l'audit, on a blêmi devant l'addition : Matière ordinaire, cinq pour cent, tout ce qu'on peut toucher, Le reste du grand livre est noir, quatre-vingt-quinze pour cent cachés.

Les galaxies tournent trop vite pour la masse qu'on sait peser, Rubin l'a lu dans les courbes : l'invisible tient les clés, On a dit « matière noire » ce qu’on ne peut pas appréhender, Nommer n’est pas connaître, on devrait l’avoir assimilé.

« Énergie sombre » : l'univers accélère sa propre fuite, Soixante-huit pour cent du réel, et nos théories en faillite. Pose une équation à ton chien : il te regarde, il t'aime, il bâille, Qui te dit que l'univers ne fait pas pareil, juste une question de taille ?

Socrate marchait pieds nus dans la poussière d'Athènes, « Je sais que je ne sais rien » — et la carte reste la même, La science a repoussé le rivage, agrandi le domaine, Mais plus l'île du savoir grandit, plus lourde est la peine

CHORUS

La faillite humaine — l'audit est accablant : Quatre-vingt-quinze pour cent du réel manque au bilan, On s'croyait créanciers du ciel, on n'était qu'des locataires, Liquidation totale, le cosmos fait l'inventaire.

La faillite humaine — aucun juge, aucun procès, Le silence des espaces infinis a classé le dossier, Pas d'repreneur pour l'ego, pas d'acheteur pour les trônes : On rend la poussière empruntée, atome par atome.

BRIDGE

Respire un coup. Ta petitesse est une grâce, pas une peine, L'univers t'a prêté ses atomes, profites-en avant qu'il les reprenne, L'Inde ancienne comptait les âges en milliards d'années sereines, Un jour de Brahmâ, un kalpa, puis le monde se ressème,

Reeves l'avait mis en titre, nous sommes poussières d'étoiles, Nées d'un feu qui se termine — chaque vie est une escale. Lovecraft nommait l'indicible, un ciel qui ne nous regarde pas, Et Camus voyait Sisyphe sourire, le rocher en bas.

Cherche Andromède à l'œil nu, pâle lueur clandestine, Partie avant le premier feu pour finir dans ta rétine, Deux millions et demi d'années de vide et de discipline — Le ciel te fait des confidences plus vieilles que nos origines.

OUTRO

Finalement, le Soleil gonflera, rouge et lent, dans cinq milliards d'années, Il bercera la Terre dans un tout dernier été, Même les trous noirs s'évaporent — Hawking l'a calculé : L'éternité elle-même apprend à s'effacer.