« Tout est possible... Tu crois ? »
Minuit quarante-huit, la lumière bleue m’éclaire J’ai dit « juste un dernier prompt »… j’ai menti, comme hier
J’ai sous les doigts une intelligence qui ne dort jamais Elle écrit, elle code, elle traduit tout ce que je me promettais De faire « quand j’aurai le temps ». Le temps, maintenant, c’est elle qui l’a Moi j’ai l’envie qui gonfle et le sommeil qui s’en va Chaque idée devient possible, donc chaque idée devient due Si je peux tout faire en une nuit, ne rien faire, c’est du temps perdu J’empile les projets comme on empile les onglets ouverts Plus l’outil me rend puissant, plus je me sens en retard sur l’univers C’est ça, le syndrome : un génie qui ne dit jamais non Le problème c’est plus les vœux, c’est savoir ce qu’on veut, au fond J’ai tout le savoir du monde au bout d’un curseur qui scintille Mais le savoir c’est pas la sagesse, et ça, aucun modèle ne le distille
Tout est possible, syndrome de l'IA Qui signe le début de notre trépas Et pourtant il pleut dans la salle 203 Et ça, elle n'y peut rien l'IA.
Je suis enfermé dans l'IA, eux sont dehors devant le lycée Bonnets, pancartes en carton, l’humour au marqueur, la voix cassée Ma machine répond à tout, à toute heure, sans jamais s’absenter Eux ont des profs qui manquent et des heures jamais remplacées On leur promet l’IA partout, l’école de demain sur tablette Ils demandent du chauffage et un adulte qui connaisse leur tête On leur dit « adaptez-vous », ils s’adaptent depuis l’enfance Crise, Covid, inflation : ils ont grandi dans l’urgence Huit sur dix pensent à partir, pas par mépris pour le pays Ils refusent juste leurs conditions d'apprentissage, dans des taudis Leur colère est immense mais elle a gardé ses manières Ils veulent pas renverser la table, juste une chaise autour, et la lumière
Tout est possible, syndrome de l'IA Qui signe le début de notre trépas Et pourtant il pleut dans la salle 203 Et ça, elle n'y peut rien l'IA.
Drôle d’époque : j’ai trop de possibles, eux pas assez de murs Moi je sature, eux s’usent, même fatigue, mêmes fissures Toute cette puissance qui tourne la nuit dans les serveurs Si on la braquait sur le vrai : une salle chauffée, un adulte à l’heure L’intelligence, ma sœur, mon frère, c’est pas de savoir tout faire C’est savoir pour qui on le fait, et réparer le toit avant que ne surgisse l’éclair
Minuit cinquante, j’éteins, pour une fois je résiste Demain je passe devant le lycée, sans tél ni IA qui m'assiste